Balzac La Comédie Humaine Analyse de texte Etude de l'œuvre 100 analyses de texte de la Comédie Humaine de Balzac Description détaillée des personnages Classement par 7 types de scènes 26 tomes étudiés en détail

Les Martyrs ignorés

LA COMEDIE HUMAINE – Honoré de Balzac  Ce titre des Martyrs ignorés n’est pas inclus dans l’édition des œuvres complètes de H. DE BALZAC par Veuve André HOUSSIAUX, éditeur, Hébert et Cie, Successeurs, 7, rue Perronet, 7 – Paris (1877)

Etudes philosophiques Picture 1    

LES MARTYRS IGNORES (FRAGMENT DU « PHEDON D’AUJOURD’HUI »)    

Analyse et Histoire Cette nouvelle publiée en 1837 dans les Etudes philosophiques est le complément et l’illustration des thèmes physiologiques exposés dans Louis Lambert. Le titre complet, Les Martyrs ignorés, fragment du « Phédon » d’aujourd’hui, évoquant le célèbre dialogue de Platon sur l’immortalité de l’âme, annonçait l’intention non seulement d’illustrer une thèse physiologique mais encore d’en tirer la conclusion philosophique en reprenant les conclusions que Louis Lambert tirait de la matérialité de la pensée. Balzac n’écrivit jamais ce Phédon d’aujourd’hui, sur lequel on n’a retrouvé aucun détail. Les Martyrs ignorés est présenté comme une conversation dans un café proche de l’Odéon que Balzac place en 1827. Les interlocuteurs sont deux jeunes médecins, un physicien lituanien, un Allemand, un Irlandais qui vit en France, un libraire, le narrateur dans lequel on reconnaît Balzac. Tous sont des gens cultivés, la conversation s’oriente sur des faits bizarres dont ils ont été les témoins ou qu’on leur a racontés. Peu à peu, la conversation s’organise sur un thème cher à Balzac, les morts lentes ou subites provoquées par une idée fixe qui mobilise toute l’affectivité sur une préoccupation unique et qui finit par produire les mêmes effets qu’un poison introduit dans l’organisme. Les médecins qui participent à la discussion tirent une conclusion de ces morts subites ou de ces exemples d’aliénation mentale qui leur sont rapportés par leurs interlocuteurs. « Une idée, se demandent-ils, est-elle en réalité le produit du fluide nerveux qui constitue une circulation intime semblable à la circulation sanguine ?…N’y a-t-il pas des idées pernicieuses qui, introduites dans le système où s’élabore la pensée, vicient ou la pervertissent ? » Pour moi, conclut l’un d’entre eux d’après les confidences d’un vieux médecin de Tours : « La pensée est un fluide de la nature des impondérables qui a en nous son système circulatoire, ses veines et ses artères, par son affluence sur un seul point, il agit comme une bouteille de Leyde, et peut donner la mort. Un homme peut le tarir dans sa source par un mouvement moral qui dépense tout, comme on peut tarir celle du sang en s’ouvrant l’artère crurale. » Dans ces morts subites, ou ces affaissements de la personnalité, on peut retrouver quelques-uns des dénouements de La Comédie humaine, la mort de Birotteau « tué par l’idée probité comme par un coup de pistolet », le dénouement d’Adieu, la fin de Ferragus ou du colonel Chabert. On y retrouve aussi la thèse de La Peau de chagrin sur la longévité : « Les hommes qui, malgré l’exercice de la pensée, dit le même vieux praticien, sont arrivés à un grand âge, auraient vécu trois fois plus longtemps en n’usant pas de cette force homicide : la vie est un feu qu’il faut couvrir de cendres. Penser, mon enfant, c’est ajouter de la flamme au feu. » Et il explique : « Savez-vous ce que j’entends par penser ? Les passions, les vices, les occupations extrêmes, les douleurs, les plaisirs sont des torrents de pensées. » On voit par cet exemple combien toute la dramaturgie de La Comédie humaine est liée au système énergétique que Balzac exposait dans Louis Lambert. Cette application est plus complète encore qu’on ne le croit. Voici, en effet, l’explication que donne Balzac du titre de sa nouvelle Les Martyrs ignorés. C’est le vieux médecin de Tours qui donne cette explication. Montrant l’usage qu’on peut faire de ces propriétés destructrices de la pensée, qui, agissant comme une drogue, peut à la fois détruire une personnalité ou faire marcher au martyre, il conclut : « Jetant un coup d’œil sur la société tout entière, j’aperçois bien d’autres martyrs. Mes réflexions me montraient un immense défaut dans les lois humaines, une lacune effroyable, celle des crimes purement moraux contre lesquels il n’existe aucune répression, qui ne laissent point de traces, insaisissables comme la pensée. J’aperçus d’innombrables victimes sans vengeance, je découvris ces horribles supplices infligés dans l’intérieur des familles, dans le plus profond secret, aux âmes douces par les âmes dures, supplices auxquels succombent tant d’innocentes créatures…J’aperçus un éternel sujet d’observation sociale dans ces luttes secrètes dont les effets sont si mal appréciés par le monde… » On voit par ces lignes le lien qui existe entre les conceptions physiologiques de Balzac et sa perception de la société. Ces repères sont indispensables, ils montrent que les Etudes philosophiques ne sont pas seulement le couronnement de La Comédie humaine mais qu’elles nourrissent, qu’elles rendent significative et pathétique toute l’œuvre descriptive de Balzac.

Les personnages La scène est au café Voltaire, place de l’Odéon, à Paris, dans le dernier salon, dont les croisées donnent sur la rue de l’Odéon, à côté de Soleil, opticien. Tous les soirs, jusqu’à minuit, trois ou quatre savants jouent aux dominos, à la table qui se trouve au fond de la salle, auprès de la croisée, et que l’on a nommée la table des philosophes. Docteur Physidor : Jeune médecin de 27 ans, né à la Ville-aux-Dames en Touraine. Occupé de phrénologie, de l’irritation, de la folie, des aliénés et voulant se faire une spécialité scientifique. Docteur Phantasma : Né à Dijon, venu à Paris lors de la fameuse discussion sur le magnétisme animal qui souleva la France savante. 73 ans, grand et gros. Logé depuis 38 ans, rue de Condé à Paris. Grodninsky : Courlandais, lieu de naissance et âge inconnus. Mathématicien, chimiste et inventeur, sans domicile connu. Le teint blafard des hommes du Nord. Corpulence de taureau. Peu soigné, véritable philosophe au-dessus des compliments vulgaires : un Socrate moderne. Tschoern : Allemand. Caractère indéfinissable. Un homme entre l’esprit supérieur et le génie, tenant de l’un et de l’autre. Age indécis, costume de journaliste. Petite voix flûtée. Raphaël : Logé rue des Cordiers, au 5ème étage. Vingt-trois ans, bonne mine, cheveux noirs, maigre et chétif. Voix de poitrine et caverneuse. Avide de connaissances. Théophile Ormond : Irlandais, très byronien, prude, élégant et teint d’Anglaise. Voix claire et gracieuse. Le libraire : Ancien commis chez Briasson, le premier libraire de l’Encyclopédie de Diderot. A traversé les temps malheureux de 1790 à 1815 sur le dos de quatre faillites non déclarées. Escomptant à 24%, connaissant bien la place, ayant des conceptions d’entreprise, n’entreprenant rien, mais poussant les autres à entreprendre. Maison de campagne à Meudon. Donnant d’excellents avis aux gens de lettres. 60 ans, physionomie d’un professeur de rhétorique, air franc et ouvert. Voix éteinte. Etudiants : Comparses mobiles, muets au café, mais s’entretenant dans la rue de ce qu’ils y ont entendu. Le garçon : Endormi sur une chaise après la fermeture de l’Odéon, depuis 11h30, jusqu’au moment où les philosophes s’en vont. Source analyse/histoire : Préface extraite du 26ème tome de La Comédie Humaine éditée chez France Loisirs en 1987, d’après le texte intégral publié sous la caution de la Société des Amis d’Honoré de Balzac, 45, rue de l’Abbé-Grégoire – 75006 Paris. Propos sur les personnages recueillis dans la nouvelle « Les Martyrs ignorés » 26ème tome de La Comédie Humaine éditée chez France Loisirs en 1987, d’après le texte intégral publié sous la caution de la Société des Amis d’Honoré de Balzac, 45, rue de l’Abbé-Grégoire – 75006 Paris.

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