Balzac La Comédie Humaine Analyse de texte Etude de l'œuvre 100 analyses de texte de la Comédie Humaine de Balzac Description détaillée des personnages Classement par 7 types de scènes 26 tomes étudiés en détail

Les Proscrits

LA COMEDIE HUMAINE – Honoré de Balzac XVIe volume des œuvres complètes de H. DE BALZAC par Veuve André HOUSSIAUX, éditeur, Hébert et Cie, Successeurs, 7, rue Perronet, 7 – Paris (1877)

Etudes philosophiques

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           Dante Alighieri

  LES PROSCRITS (1831)  

Analyse de l’oeuvre Cette nouvelle fut publiée dans la Revue de Paris en mai 1831. Balzac avait fait beaucoup de progrès en quelques mois, sa réputation de conteur était bien établie, on recherchait sa signature. Il écrivait beaucoup, annonçait encore plus, ayant en projet tout à la fois ses Scènes de la vie privée, ses Romans et contes philosophiques, ses « études de femme » et ses « Scènes militaires ». Cette production abondante l’obligeait à une certaine rapidité d’exécution. Les Proscrits, conte du XIVe siècle qui met en scène Dante et l’un de ses compagnons d’exil, est une reconstitution de Paris d’autrefois moins solide et moins originale que celle du temps de Catherine de Médicis. Balzac ne s’est pas donné non plus beaucoup de peine pour inventer son intrigue. Deux balzaciens éminents, Pierre-Georges Castex et René Guise ont relevé dans le récit quelques signes de hâte et ils ne regardent pas Les Proscrits comme une des nouvelles les plus parfaites de Balzac. Si l’on compare Les Proscrits à ses autres nouvelles, on peut se rallier, en effet, à leur jugement. Mais l’opinion de Balzac paraît avoir été différente puisqu’il joignit plus tard Les Proscrits à deux de ses œuvres préférées Louis Lambert et Séraphita pour en faire un ensemble qu’il isola de ses autres Etudes philosophiques en le présentant en 1835 sous le titre Le Livre mystique. Faut-il s’incliner devant cette promotion des Proscrits ? Balzac a inventé pour la présentation de ses œuvres tant de combinaisons ingénieuses qui avaient pour objet de tourner des contrats ou de battre monnaie qu’il est parfois difficile de décider si certains de ses classements se justifient par la signification de l’œuvre ou par l’opportunité commerciale. Il a écrit pour son Livre mystique une préface un peu décevante qui est surtout consacrée à Louis Lambert et à Séraphita et qui n’ajoute pas beaucoup à ce qu’un lecteur attentif pouvait retirer de la lecture de Louis Lambert et de Séraphita. Les Proscrits ne sont évoqués dans cette préface que par une phrase modeste : « Les Proscrits, dit Balzac, sont le péristyle de l’édifice », et il explique : « là, l’idée apparaît au Moyen Age dans son naïf triomphe. Louis Lambert est le mysticisme pris sur le fait, le Voyant marchand à sa vision…Séraphita est le mysticisme tenu pour vrai, personnifié ». Ces phrases ne sont pas très claires. Ce qu’on en peut conclure, c’est que Les Proscrits ne sont qu’une ouverture, une présentation. La présentation de quoi ? De cette belle interprétation du christianisme que Balzac fait remonter à Saint-Paul et à Saint-Jean, qui fut, dit-il, « la doctrine des premiers chrétiens », la « religion des anachorètes du désert », « une arche jetée entre le mysticisme chrétien et le mysticisme indien », « venu de l’Asie », transmis par Memphis, par les initiés d’Eleusis et de Delphes, par Pythagore, repris par Saint Jean, enfin « transmis nébuleusement à l’Université de Paris ». Tel est l’itinéraire qui aboutit sur les rives de la Seine, dans la leçon magistrale de Sigier de Brabant, exposée en présence de Dante, à quatre pages des Proscrits qui sont la légitimation de la place que Balzac confère à cette nouvelle. Et c’est, en effet, cet exposé du plan de la Création qui est un préliminaire indispensable pour comprendre les applications que Balzac en montrera dans Louis Lambert et dans Séraphita. Sigier décrit une organisation unitaire qui explique les correspondances dont Louis Lambert fera une lecture de toutes choses ; cette lecture nouvelle de la Création fournira à l’androgyne angélique de Balzac, Séraphitus-Séraphita, la supra-réalité dans laquelle il se meut et vit et qui est pour lui la véritable réalité. C’est en ce sens que ces quatre pages des Proscrits sont une introduction importante à Louis Lambert et à Séraphita.

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         Louis Lambert

Toute la doctrine de Sigier que Balzac nomme son « mysticisme » se résume en deux propositions énoncées au début de son exposé. Principe : « les intelligences (il faut comprendre par ce mot à la fois la vie et la sensibilité) s’échelonnent en grandes sphères dans le plan de la nature : il existe « une gradation de spiritualité » entre « la sphère ou brille le moins d’intelligence » et « la plus translucide où les âmes aperçoivent le chemin pour aller à Dieu ». Conséquence : « Les esprits appartenant à une même sphère s’entendent fraternellement en âme, en chair, en pensée. » Cette clé des songes explique donc « les phénomènes de l’amour, les répulsions instinctives, les attractions vives qui méconnaissent les lois de l’espace, les cohésions soudaines des âmes qui semblent se reconnaître ». Toute une partie de Louis Lambert est dans cette explication de l’organisation de l’Univers. Le reste du discours n’est qu’une mise au point de ce télescope pour apercevoir l’invisible. La vie et la sensibilité encore dormantes dans les minéraux se manifestent peu à peu dans le règne végétal et dans le règne animal par les esquisses successives que sont les lichens, les mousses, semblables à la pierre, les infusoires et les organismes microscopiques qui montrent les premiers signes de mouvement, jusqu’aux mammifères et jusqu’à l’homme. Mais elle ne s’arrête pas là. Et des cercles de vie et de spiritualité que nos sens n’atteignent pas forment une autre gradation dont l’homme est l’épreuve la plus grossière et que la hiérarchie des anges complète par les mêmes degrés qui existent entre les créations minérales et l’homme, formant ainsi un immense planisphère de la création parcouru de liaisons inconnues et d’ondes qui nous échappent. Une phrase sibylline résumait cette infusion de la vie à travers les couches diverses de la création, donnant un sens particulier au Verbum factum est de la Genèse : « Selon lui, la Parole divine nourrissait la Parole spirituelle, la Parole spirituelle nourrissait la Parole animée, la Parole animée nourrissait la Parole animale, la Parole animale nourrissait la Parole végétale, et la Parole végétale exprimait la vie de la Parole stérile…(Ainsi) le docteur Sigier construisait un monde spirituel dont les sphères graduellement élevées nous séparaient de Dieu, comme la plante était éloignée de nous par une infinité de cercles à franchir. » Et il concluait en citant la parole de saint Paul : « In Deo vivimus, movemus et sumus. » Cette réconciliation du panthéisme bouddhique et du christianisme des mystiques est une des clés de ce livre mystique dont Louis Lambert et Séraphita seront la démonstration vivante. Elle explique la place légitime que Balzac revendiquait pour Les Proscrits. Le dernier mot de la nouvelle, énigmatique parce qu’il est mal préparé, rappelle toutefois l’antagonisme qui existe entre les passions des hommes et cette voie de la sagesse. Après avoir applaudi cet itinéraire triomphal de la spiritualité, Dante oublie tout ce qu’il vient d’entendre lorsqu’il apprend la victoire de son parti à Florence. La passion, la violence, la vengeance effacent tout d’un coup son aspiration à la joie contemplative des sages. Il redevient un partisan qui ne pense plus qu’au châtiment de ses adversaires et il s’écrie : « Mort aux guelfes ! » Comme s’il n’avait jamais entendu la parole de Sigier.

Les Proscrits est un roman d’Honoré de Balzac, paru en 1831 aux éditions Gosselin, puis en 1846 chez Furne, Dubochet, Hetzel dans les Etudes philosophiques. Ce roman fait partie du Livre mystique au même titre que Louis Lambert et Séraphita. On y retrouve d’ailleurs un des thèmes de Louis Lambert : la théorie du docteur Sieger selon laquelle l’intelligence connaît plusieurs avatars, depuis l’intelligence de la brute jusqu’à l’intelligence des anges. Et aussi l’idée que les anges vivent parmi les hommes, idée que l’on retrouve souvent chez Balzac dans la description des portraits féminins (Esther, l’ange déchu de Splendeurs et misères des courtisanes, à l’aspect d’un ange et termine sa vie dans une sorte de rédemption angélique). Dans son introduction aux études philosophiques, Balzac indique : « La chaude et savante étude des Proscrits contient plusieurs propositions identiques : le suicide d’un enfant que l’ambition du ciel dégoûte de la vie, le génie devenant funeste à un grand poète. » Le dénouement rapide du récit, au premier abord complexe, fait de cette esquisse historique (sous-titre de Balzac) une œuvre insolite où l’on retrouve l’expression du mysticisme de l’auteur de la Comédie humaine.

L’Histoire Au début de XIVe siècle, le sergent Tirechair vit près de Notre-Dame de Paris dans une sombre maison. Il loge deux étrangers qui l’effrayent et qu’il croit capables de sorcellerie, alors qu’il s’agit de deux gentilshommes. Le plus âgé a fréquenté la cour du roi, le plus jeune (Godefroy, comte de Gand) est fils de la comtesse Mahaut engagée comme servante chez les Tirechair. Le sergent s’apprête à les mettre à la porte le soir-même où les deux hommes assistent à un cours de théologie mystique. On fait alors connaissance avec le docteur Sigier et sa théorie sur les mystères de la création.

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        Godefroy

Le vieux gentilhomme, qui a été proscrit de son pays natal, l’Italie, n’est autre que le poète Dante Alighieri auquel un cavalier vient d’apprendre qu’il peut retourner à Florence, sa ville d’origine. Quant à Godefroy, qui s’apprêtait à se suicider pour rejoindre les anges, et que le poète sauve in extremis, il finit par retrouver sa mère et sa noble condition.

Les personnages Dante Alighieri : Poète proscrit de son pays natal, l’Italie. Comtesse Mahaut : Mère de Godefroy au XIVe siècle. Tirechair : Sergent du guet au XIVe siècle ; a une femme, Jacqueline. Docteur Sigier : Auteur de la théorie sur les mystères de la création. 1) Préface tirée du 25ème tome de La Comédie Humaine éditée chez France Loisirs en 1987, d’après le texte intégral publié sous la caution de la Société des Amis d’Honoré de Balzac, 45, rue de l’Abbé-Grégoire – 75006 Paris. 2) Notes et thèmes extraits de Wikipédia. 3) La généalogie d’une partie des personnages s’inspire de l’œuvre de Félicien Marceau « Balzac et son monde – Gallimard ».

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